RESUME
L’expérimentation du maïs QPM a été entamée au Sénégal pour la première fois dans les années 1990 puis reprise de 2002 à 2004. Elle a permis l’identification de deux variétés (Obatampa et Susuma Q) qui se caractérisent en périodes de déficit pluviométrique par des rendements moyens paysans intéressants (supérieurs à 1800 kg/ha).
Ces résultats ont été suffisamment convaincants pour favoriser, avec l’appui de SG 2000, la diffusion du QPM au Sénégal à l’image des autres pays de la sous-région (Ghana, Burkina Faso, Mali, Nigéria, etc.). Cependant, l’échec du programme de production de semences n’a pas permis de poursuivre cette initiative. C’est en 2007 qu’elle fut reprise grâce aux efforts de trois partenaires :
- le Réseau semencier africain spécialisé entre autres en appui au développement
stratégique ;
- l’ONG SG 2000 réputée pour son expérience en transfert de technologies ;
- le GIE Touba Tawfekh, une entreprise semencière en cours de montage.
Les trois partenaires espèrent à travers ce document mieux faire ressortir les avantages du QPM qui se présente aujourd’hui comme une alternative intéressante pour le développement de la culture du maïs au Sénégal, l’amélioration de la qualité nutritionnelle des populations locales et la lutte contre la pauvreté.
INTRODUCTION
Longtemps considéré comme base de l’économie agricole dans la sous-région, notamment au Ghana, au Burkina et au Mali, le QPM (maïs riche en protéines) est très peu répandu au Sénégal.
Pourtant les résultats des premières expérimentations laissaient entrevoir un avenir radieux à cette culture pour plusieurs raisons : le maïs en général et le QPM en particulier est une culture de rente qui peut générer des revenus substantiels pour les populations rurales. Il entre dans la préparation de plusieurs mets traditionnels (bouillie, riz de maïs, couscous, etc.). Il est consommé en vert surtout dans les centres urbains où le prix du sac peut passer du simple au triple. Par ailleurs, il constitue la principale base de l’aliment des volailles. Sa composition dans les rations alimentaires tourne autour de 60 à 70%.
En dépit de ces avantages, le maïs QPM tarde à évoluer au Sénégal à cause de l’absence d’un dispositif semencier adéquat et d’une stratégie de responsabilisation des producteurs.
Au vu de cette situation et, compte tenu des espoirs qu’il suscite dans la relance de l’économie agricole du Sénégal, le GIE Touba Tawfekh a contacté le Réseau semencier africain (African Seed Network - ASN) pour bénéficier de son appui pour la mise en culture de 300 ha de maïs de consommation et de 50 ha de semences. Pour satisfaire à cette demande, le Réseau semencier africain, en partenariat avec l’ONG SG 2000, a monté un programme d’appui au GIE en fournissant les intrants, en prenant en charge la main d’oeuvre et en apportant un conseil approprié aux producteurs.
Le programme a également bénéficié de l’appui des pouvoirs publics notamment de la sous-préfecture de Bounkiling, du service semencier départemental de Sédhiou, des dignitaires locaux, etc.
Les résultats de la récente campagne agricole ont été assez concluants, révélant des
rendements agronomiques élevés de 5 t/ha, une bonne réponse aux entretiens culturaux et une forte demande en semences de la part des populations locales ; ce qui laisse entrevoir un développement rapide de la culture du maïs QPM au Sénégal.
Face à cette situation, le Réseau semencier africain, un organisme intergouvernemental chargé de la coordination des programmes et stratégies semenciers nationaux, souhaiterait qu’un apport soutenu des pouvoirs publics soit accordé aux paysans pour accompagner cette nouvelle dynamique de production. A cet effet, le réseau compte s’investir davantage sur la résolution des problèmes relatifs au développement de la filière semencière tout en mettant un accent particulier sur les activités post-récoltes notamment la transformation du QPM et bien d’autres céréales riches en protéines tel que le riz Nerica.
Pour cette dernière culture, l’ASN apporte déjà un appui à certains de ses états membres (Bénin, Côte d’Ivoire, Gambie, Guinée, Nigéria, Rwanda, etc.).
Le Réseau reste convaincu que la promotion de la culture du QPM permettra aux producteurs d’améliorer leurs conditions de vie par une plus grande diversification de leur production et de leur nourriture ainsi qu’une augmentation de leurs revenus.
CARACTERISTIQUES DU MAIS QPM
Le maïs ordinaire est, comme les autres céréales, pauvre en acides aminés essentiels particulièrement en lysine (0.23%) et en tryptophane (0.06%). Par conséquent, les populations locales qui en dépendent pour leur alimentation peuvent souffrir de certaines carences graves en protéines végétales.
Dans le cas des animaux tels que les monogastriques, l’utilisation de ce maïs nécessite une certaine complémentation en protéines sous forme de sous-produits agro-industriels (tourteaux de coton et de soja, farines de poissons). Cependant, ces sous-produits sont difficilement accessibles sur le marché local à cause de leurs prix élevés.
Dans ce contexte, l’exploitation du QPM offre des possibilités intéressantes. En effet, la qualité protéique des régimes alimentaires à base de maïs ordinaire peut être améliorée par la consommation de maïs riche en protéines stockées dans son endosperme. Cette culture dénommée QPM (Quality Protein Maize en anglais ou Maïs hyperprotéique en français) contient deux fois plus de lysine et de tryptophane que le maïs ordinaire respectivement 0.36% et 0.10%.
Des études de nutrition alimentaire conduites au Ghana ont montré que l’utilisation du maïs riche en ces deux acides aminés permet d’obtenir une augmentation de poids et une bonne résistance aux maladies chez les nourrissons et les enfants (Twumasi-Afriyie et al. 1997).
Sur le plan sanitaire, le QPM est efficace pour la lutte contre la malnutrition infantile qui est à l’origine du Kwashiorkor et de nombreux cas de décès.
Dans certains élevages au Ghana, il a été démontré que lorsque le maïs riche en protéines remplace le maïs ordinaire dans les régimes alimentaires de la volaille et des porcs, le coût de production du kilogramme d’aliment peut être réduit de 29.4% (Osei et al, 1994b). Ces conclusions ont été conformées par le chercheur camerounais Thé Charles. Selon l’auteur, l’Afrique pourrait faire un grand pas en avant si on introduisait ce maïs dans la fabrication des provendes. Il estime qu’en augmentant la production de maïs QPM, on favorise la baisse des prix des provendes favorisant du coup la baisse du prix de revient des poulets et du porc, de la bière, des farines alimentaires (à l`instar de la farine de couscous, de l’amidon) ou de l’huile dont les prix ont considérablement augmenté ces dernières années. Thé Charles soutient par ailleurs que le QPM pourrait entrer dans la fabrication des alcools, des sirops et des produits cosmétiques et pharmaceutiques.
Ces avantages ont favorisé la diffusion du QPM dans la sous-région sous les noms de Obatampa namo (mère nourricière) au Ghana, Massongo au Burkina et Dembayima au Mali.
Le cas du Ghana est particulièrement intéressant parce que le maïs y est utilisé sous toutes ses formes (farines alimentaires, amidon, huile, alcools, sirops, son, ensilage). Il est utilisé pour la préparation des bouillies et des farines pour bébés. Il est aussi très consommé en vert.
Le maïs QPM joue par conséquent, un rôle important dans le développement agricole du Ghana qui est entrain de devenir le premier pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre à atteindre la sécurité alimentaire en s’approchant des normes établies dans le cadre de la lutte contre la pauvreté du programme MCA (Millenium Challenge Account, etc.). Au Mali, il est incorporé dans le Bassi, le Moni, le Seri et le Degué. Il est très également apprécié en boulangerie (Maliburu). Le Tô à base de QPM est très consistant et se conserve bien.
Au Burkina, le maïs QPM est beaucoup utilisé dans la brasserie, la biscuiterie, les aliments de volaille notamment les poulets de chair et dans l’ensilage.
PRATIQUES CULTURALES DU MAIS QPM
Le maïs QPM a un équilibre protéique amélioré qui augmente significativement sa valeur. Mais le gène qui lui confère ce caractère est récessif. C’est pourquoi, il doit être cultivé en respectant les normes de production au risque de perdre la qualité avec l’apparition d’impuretés.
Aussi, pour éviter toute pollution biologique, il est recommandé de procéder à son isolement dans le temps et dans l’espace.
L’isolement dans le temps se fait en échelonnant les dates de semis. Quant à l’isolement dans l’espace, il se fait par catégories de semences et loin de toute production de maïs ordinaire.
Les plants hors-types doivent être systématiquement éliminés avant la floraison. Pour ce qui est des plants malades, une dernière épuration doit effectuée à la veille de la récolte.
La mise en place d’un programme semencier rigoureux, avec respect strict des normes de production, est nécessaire. A ce niveau, l’implication des producteurs à travers les entreprises rurales aiderait à réduire les coûts de production et de gestion de la culture.
L’utilisation d’engrais chimiques, en particulier d’urée, est fondamentale. Le maïs répond bien aux apports en azote. Ces apports doivent être précédés d’une élimination des mauvaises herbes. En effet, le maïs ne supporte pas la compétition avec les mauvaises herbes qui influencent très négativement ses performances.
IMPORTANCE DU MAIS AU SENEGAL
Les résultats obtenus dans le cadre du Programme Spécial de Sécurité Alimentaire sont impressionnants pour le maïs. La disponibilité d’intrants agricoles, combinée avec une volonté politique, semble avoir été ici déterminantes pour une culture dont les rendements moyens sont de 1.5 t/ha (données IFPRI, annexe 1). Quant à la production, elle a évolué pour atteindre le chiffre record de 422 623 tonnes contre une moyenne nationale de 146 910 tonnes (données Ministère de l’agriculture, période 1999 – 2003).
D’après l’étude de l’UEMOA sur la compétitivité des filières (Elaboration d’un argumentaire de choix de filières, 2004), le maïs pourrait présenter à très court terme des avantages comparatifs pour le Sénégal au niveau régional au même titre que l’arachide décortiquée et le mil.
OPPORTUNITES DE DIVERSIFICATION DE LA MAIZICULTURE GRACE AU QPM
L’utilisation diversifiée du maïs constitue une stratégie majeure pour assurer un développement durable de l’agriculture sénégalaise. A ce propos, plusieurs études ont été conduites avec succès dans la sous-région par les institutions de recherche (ITA, IITA et les SNRAs) et les ONG (SG 2000 et Sahel Solidarité) pour garantir un marché porteur au QPM. Elles concernent pour l’essentiel les activités post-récoltes et la transformation.
Ces études ont abouti aux conclusions suivantes (Rapport Weccaman, 2003) :
1) le QPM se prête bien à la fabrication des biscuits ;
2) le QPM répond bien à la préparation du Tô et du couscous grâce à sa couleur, son arome et sa texture ;
3) le QPM répond bien à la fabrication du pain et des beignets à des proportions
économiquement intéressantes (50% de farine de blé + 50% de farine de maïs) ;
4) le QPM donne de bons résultats sur des enfants nourris à la bouillie ;
5) les chercheurs proposent une ration alimentaire à base de maïs fermenté dont la
composition est la suivante :
Maïs fermenté (60%) + Soja (20%) + Riz de maïs (8%) + Sucre (12%)
En conclusion, les chercheurs estiment que la farine de maïs QPM peut valablement suppléer la farine de blé. Ils proposent à cet effet la substitution du blé à des niveaux de 50% pour la préparation des spaghettis (douede), des gâteaux (soumbis), des beignets, des biscuits et du couscous.
D’autre part, ils révèlent que même pour les sidéens, un régime alimentaire à base de maïs QPM peut améliorer sensiblement leur résistance aux infections opportunistes occasionnées par le virus du sida ainsi qu’aux attaques d’aflatoxine. Ils expliquent cette résistance par le niveau élevé d’acides aminés (lysine et tryptophane) et la présence de la vitamine A.
PERSPECTIVES DE LA CULTURE DU MAIS QPM AU SENEGAL
La culture du QPM peut constituer une réponse adéquate à l’option du gouvernement du Sénégal de produire dans le court terme 1.000.000 tonnes de maïs. Elle offre des chances réelles d’augmenter les productions de maïs et d’améliorer les revenus des producteurs. Pour cela, le développement de la production de maïs QPM au Sénégal va nécessiter la mise en place d’un programme semencier adéquat. A cet effet, le Réseau semencier africain propose une stratégie avec trois activités majeures :
- l’élaboration d’un programme semencier
- la création d’entreprises semencières
- la création de Cyber-semences
Création et rôle des entreprises semencières
Les entreprises semencières sont des entités économiques regroupant des paysans motivés par le désir de créer une valeur ajoutée autour de la semence de qualité. Elles favorisent la modernisation de l’agriculture et jouent un rôle particulier dans l’intégration de l’agriculture familiale dans le système de marché et la création d’emplois en milieu rural.
Les entreprises semencières servent de relais entre les sociétés semencières et les paysans.
Elles disposent d’un équipement adéquat pour mener à bien les activités de production, de traitements phytosanitaires, de conditionnement et de stockage. Elles travaillent en étroite collaboration avec les organisations paysannes, les paysans et les fournisseurs à qui elles peuvent assurer des prestations de service notamment, des labours et entretiens culturaux mais également, la commercialisation de la production.
Le développement de la commercialisation revêt une importance capitale pour assurer la durabilité des entreprises semencières. Ces dernières peuvent travailler en tant qu’opérateurs privés pour le rachat des semences produites dans leurs communautés villageoises mais aussi, comme fournisseurs de semences de qualité.
Le tableau 3 montre que la production semencière est une activité rentable ; il importe donc de favoriser la création d’entreprises rurales pour organiser la production et les activités annexes. Les entreprises rurales aident à fédérer les efforts des paysans et à sortir l’agriculture du circuit traditionnel pour devenir une activité lucrative.
Tableau 3 : Compte d’exploitation pour la production d’un hectare de semences de maïs
Rubriques | Quantité | Coût unitaire | Total |
| Intrants | | | |
| Semences (kg) | 20 | 500 | 10 000 |
| NPK (kg) | 200 | 150 | 30 000 |
| Urée (kg) | 100 | 170 | 17 000 |
| Herbicides (litres) | 4 | 3 500 | 14 000 |
| Insecticides (litres) | 1 | 2 500 | 2 500 |
| Sous-total 1 | | | 73 500 |
| Prestation de service | | | |
| Labour + Planage (homme / jour) | 2 | 10 000 | 20 000 |
| Semis (homme / jour) | 1 | 5 000 | 5 000 |
| Epandage d’engrais NPK (homme / jour) | 1 | 5 000 | 5 000 |
| Herbicidage (homme / jour) | 1 | 3 000 | 3 000 |
| Epandage Urée (homme / jour) | 1 | 5 000 | 5 000 |
| Herbicidage (homme / jour) | 1 | 10 000 | 10 000 |
| Sarclage + Démarriage (homme / jour) | 1 | 10 000 | 10 000 |
| Epuration (homme / jour) | 1 | 3 000 | 3 000 |
| Récolte (homme / jour) | 4 | 2 500 | 10 000 |
| Battage (Homme / jour) | 1 | 15 000 | 15 000 |
| Salaire producteur (forfait) | 1 | 75 000 | 75 000 |
| Sous-total 2 | | | 161 000 |
| Conditionnement semences | | | |
| Transport | 4000 | 10 | 40 000 |
| Contrôle agent de qualité (homme / jour) | 10 | 1 000 | 10 000 |
| Conditionnement (kg) | 3500 | 20 | 70 000 |
| Sacherie (sacs) | 80 | 500 | 40 000 |
| Sous-total 4 | | | 160 000 |
| | | | |
| Somme des sous-totaux | | | 394 500 |
| Imprévus (5 %) | | <span s |
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